Une des choses les plus “difficiles” lorsque l’on se lance dans des séances de soins manuels avec les chevaux n’est pas la technique à appliquer mais la façon dont on met la relation en place. Que ce soit pour de l’ostéopathie, des massages, des étirements et des pratiques énergétiques, le plus important est la façon dont on aborde le cheval. Si le lien n’est pas créé, le cheval peut mettre notre patience à l’épreuve…

C’est la raison qui me donne envie de parler d’une notion essentielle sans laquelle aucune technique ne va fonctionner. Comment pratiquer des soins du cheval dans le calme ?

J’ai choisi de parler du cheval et de ses spécificités. Néanmoins, même s’il existe quelques variantes liées à l’espèce, l’état d’esprit reste toujours le même: calme, respect, confort… J’aurais l’occasion d’en parler avec les autres animaux.

Pour acquérir le calme et le mettre en place pendant les soins, la première chose à faire est d’établir une relation de respect et d’écoute entre soi-même et le cheval. Sur le papier cela semble simple et pourtant ! Sans respect et sans écoute réciproque, impossible de dialoguer et de se comprendre, du coup, adieu le calme !

Le cheval et l’homme ont chacun leur mode d’expression et ce n’est pas au cheval de s’adapter.

C’est à nous de comprendre ses codes et ses messages pour lui proposer des situations appropriées qui vont générer le calme, la confiance et une relation de qualité. Cette relation de qualité elle se génère à la fois à pied et à cheval sur des bases communes !

Pourquoi les soins peuvent être difficile à mettre en oeuvre ?

Il y a longtemps j’ai appris l’ostéopathie sur le cheval. Si aujourd’hui je n’étais pas enseignante dans ce domaine, je pense que j’aurai oublié comment cet apprentissage se met en place avec ses joies et ses difficultés ! Aujourd’hui j’essaye de pratiquer chaque jour des soins manuels avec le cheval et plus généralement avec l’animal !

Pourquoi je fais cette nuance ?

Parce que “faire sur” c’est d’abord appliquer une technique alors que la première chose c’est de proposer des soins en fonction de chaque animal et ses besoins. Et pour cela, ce sont mes mains et l’animal qui vont me guider vers les gestes appropriés. Au départ, ce sont des techniques bien sûr, c’est logique dans l’apprentissage. Avec le temps, les techniques s’effacent au profit de l’écoute des tissus et du dialogue avec le cheval…

Lorsque l’on est en situation d’apprendre quelque chose, on est concentré sur la technique du geste. Rappelez-vous quand vous avez appris à conduire 😉 Cette concentration est telle qu’il est difficile de prêter attention aux signaux extérieurs et donc à ce que nous dit le cheval.

C’est un réel paradoxe, on cherche à pratiquer une approche axée sur le bien être de l’animal et pour y arriver on commence par se concentrer sur la perfection d’un geste ou d’une attitude jusqu’à en “oublier” l’individu qui reçoit les soins ! Malheureusement, comme il y a un cap à passer, mieux vaut en être conscient pour ajuster son attitude.

Cela bien sûr ne va pas échapper au cheval ! Il sait, il ressent que “ce bipède qui le tripote” n’est pas réellement à son écoute, voire qu’il est dans une situation de stress puisqu’il est dans le désir de faire ou de réussir quelque chose à l’instant T !

Il n’en faut pas moins pour mettre les sens du cheval en alerte et se dire qu’il y a un danger en présence de ce bonhomme !…

De plus chaque cheval à sa propre expérience dans ce domaine avec ses gardiens, soigneurs et cavaliers. Ainsi un cheval de club, un jeune cheval, un cheval éduqué avec des codes précis auront chacun des réponses issues de leurs propres expériences. Voilà qui ne facilite pas toujours la tâche du praticien 😉

Le langage du cheval

Dans la façon d’établir un contact avec ses congénères et par extension avec l’homme, chaque cheval à son propre espace personnel qu’il va protéger et défendre. Quand des chevaux vivent ensemble, ils établissent une hiérarchie de qui pousse l’autre. Cela va de choses très subtils du langage corporel à un simple regard, des oreilles qui se couchent jusqu’à la menace, la morsure, la course poursuite au cheval qui tape.

Comme le cheval va chercher à définir son propre espace, l’homme va alors lui proposer des codes pour définir ces deux espaces. Il va falloir en créer un troisième, il s’agit de l’espace commun du cheval et du praticien…

Ce langage très précis n’est pas toujours perçu par l’homme qui ne voit pas les signaux. Lors des journées de formation je m’amuse avec bienveillance à voir des chevaux qui préviennent leur humain sans que celui-ci ne se rendent compte de rien. En général, je préviens, mais rien ne vaut l’expérience vécue pour apprendre ! La verbalisation est souvent moins efficace.

Voici divers exemples d’un couple homme-cheval où l’espace commun n’est pas défini:

  • Le cheval ne veut pas donner les pieds et la personne s’acharne à lui demander toujours de la même manière en essayant par exemple de tirer sur les fanons. Ces pieds vont peser de plus en plus lourd. Correctif: on ne prend pas les pieds, on les demande !
  • Le cheval pousse imperceptiblement la personne en le faisant changer de place. Pour lui s’il vous a fait bouger d’un pas, c’est lui qui a pris le contrôle de vos pieds et par la suite de la place de votre corps. C’est le début des problèmes… Correctif: l’homme va lui aussi avoir besoin de matérialiser son espace, sa bulle. Il en va de sa sécurité et du respect de chacun !
  • Si on continue et que l’on souhaite prendre (ou plutôt lui demander en temps normal) un postérieur, les choses vont commencer à se gâter. Le cheval va décaler sa croupe vers nous de plus en plus franchement et de cette façon nous “forcer” à vous pousser. Imaginons que ce dialogue continue sur le même ton, on a oublié la notion d’écoute et ce cheval commence à nous “énerver” et à nous faire peur, avouons le ! Pour autant, il va bien falloir prendre son postérieur. Comme l’escalade continue, le cheval dit “pousse toi” en montrant sa croupe de manière de plus en plus dissuasive pour nous faire bouger. Nous allons alors insister en revenant vers lui. Cette fois, il va chercher à nous taper de façon plus où moins dissuasive ! Bref, c’est une situation crescendo et nous n’arriverons pas à obtenir qu’il accepte de nous donner ses postérieurs sans danger…

Arrivé à ce point, que faire ? C’est simple, il faut tout reprendre à zéro parce que la relation est partie sur de mauvaises bases. Dans une telle situation, comment  pratiquer un soin ? C’est juste utopique 😉

Je suis amenée régulièrement à être témoin de tout cela. En général, les étudiants viennent me voir et me disent qu’ils n’y arrivent pas et que le cheval doit avoir mal. Peut être bien ! Néanmoins, l’idée est de se parler gentiment et c’est tout à fait possible avec le calme et la confiance…

Il est très important de respecter la douleur mais la plupart du temps ce n’est pas le réel problème. Le hic, c’est que la relation est en mode dialogue de sourds.

Le cheval aime être tranquille, qu’on le laisse en paix. Comme tout système vivant, il fonctionne en mode économique. Ne pas lever une jambe c’est toujours ça de gagné 😉 En chassant le bipède qui lui demande quelque chose, il a trouvé le moyen d’être tranquille. Je caricature à peine 😉

Imaginez quel serait votre comportement si quelqu’un voulait vous attraper plusieurs fois les pieds sans prévenir et sans vous le demander poliment ? Et bien moi, je serais une jument très désagréable surtout si je vois qu’en plus j’arrive à impressionner l’autre. Cela m’encouragerait à continuer plus fort ! Un bon moyen d’avoir la paix, non 😉 ?

Pour la petite histoire, je suis amenée lorsque je suis confrontée à ces situations à expliquer ce qui s’est passé et à chercher à régler le problème. Et en général, je peux montrer qu’en abordant le cheval différemment tout va bien se passer, dans le calme.

Toutefois, il arrive que cela soit plus compliqué car certain chevaux avec le temps et une grande expérience des failles des bipèdes ont mis en place des stratégies dissuasives très élaborées. Là aussi, nous nous retrouvons face au principe d’économie. Il ne va pas “lâcher l’affaire” facilement, son comportement est bien ancré 😉 Avec ces chevaux quelles que soient leur passé (maltraitance, manque d’éducation, etc…), cela peut parfois prendre plus de temps.

Le langage de l’homme

Venons en aux solutions que l’homme peut mettre en place dans le cadre des soins pour créer une relation avec le cheval: respectueuse, dans le calme et l’écoute mutuelle…

La première étape avant de commencer à vouloir utiliser vos mains quel que soit votre domaine et le plus important pour que la suite se passe bien, en sécurité, c’est de prendre le temps d’établir les règles et les codes de votre relation.

Cela paraît pas très glamour ? Et oui, le monde des chevaux n’est pas tout à fait le monde des bisounours.

La première étape à mettre en place, c’est d’installer le respect et la confiance dans le calme. Le cheval est à l’écoute si la personne est calme et qu’il peut lui faire confiance.

Pour cela, vérifiez d’abord que vous êtes capable de faire bouger les pieds de votre cheval et non pas l’inverse car le rapport 50 kg contre 500 kg n’est pas à votre avantage. S’il s’approche de vous et que vous ne souhaitez pas qu’il envahisse votre “bulle” il faut lui signaler les limites du territoire à ne pas franchir. Pour établir vos règles, le faire bouger autour de vous avec un simple licol suffit.

C’est exactement ce qui se passe entre eux, d’abord définir la place de chacun. C’est ce qui va permettre de mettre en place un respect mutuel de l’espace de l’autre, chacun sa place, chacun son espace, cela veut dire un espace de confort pour le cheval où rien ne lui est demandé. C’est un endroit où le lien peut se créer tout simplement…

Evidemment l’idée n’est pas d’être dans un rapport “dominant / dominé”. Le cheval respecte un “leader” (je n’aime pas ce terme, mais c’est celui qui est utilisé) parce qu’il sait qu’il peut lui faire confiance. L’objectif c’est de construire une relation bienveillante où l’homme et le cheval se respectent mutuellement.

Utilisez l’énergie et le non verbal de votre corps pour vous faire comprendre et définir l’espace de chacun.

Vous allez ainsi définir un espace commun où vous êtes bien tous les deux. C’est primordial dans les soins. Le plus simple, c’est de rester à côté de lui mentalement et physiquement relâché, sans demande et sans intention. Vous pouvez éventuellement poser une main passive et réconfortante sur une partie de son corps qu’il apprécie.

Rappelez-vous, le plus rassurant pour le cheval c’est quand on arrête de lui demander de faire quelque chose. Bien marquer le “il ne se passe rien” va vous permettre le retour au calme si besoin pendant les soins. Cela peut être utile en cas de douleur, de stress extérieur, etc…

Cela va également lui permettre d’exprimer son apaisement pendant les soins simplement parce qu’il se sent dans le confort.

Une fois que vous avez établi cette relation de calme et de confiance, tout va être beaucoup plus simple tant dans les demandes de gestes que vous lui demandez que dans l’écoute mutuelle qui se met en place. C’est simple, chacun reste à sa place et fait attention à l’autre.

Une fois que cela est en place, on peut passer à la deuxième étape, les soins. Cette partie est celle où vous allez apprendre à être “juste” dans vos gestes et à vous adapter à chaque animal…

C’est à cette étape que le cheval va vous accorder une confiance grandissante s’il se sent écouté. C’est également en développant votre pratique que votre écoute va s’affiner… 😉

Une relation de confiance dans le calme… Oui mais !

Il suffit simplement de faire perdurer cette relation que vous avez mise en place. A chaque dérapage, revenez aux bases dans le calme. N’oubliez pas d’après une célèbre citation que le cheval est le miroir de l’homme…

Gardez à l’esprit que votre écoute et les chevaux évoluent. Aucun apprentissage n’est linéaire. Il est normal que certains jours se passent moins bien que d’autres. Il en est de même pour les chevaux et certains jours vous penserez que la qualité de votre relation est en baisse. Ne soyez pas trop durs avec vous et avec eux, elle est simplement fluctuante !

Et si ce n’est pas le bon jour pour vous ou pour lui, abrégez la séance en finissant sur une note simple et positive.

En conclusion, on en revient toujours ou presque à la même chose: c’est le lâcher prise, le travail sur soi et sa conscience qui nous permet de progresser dans notre pratique. Les animaux sont simplement un miroir de ce que nous sommes, de nos états d’âme, parfois bien malgré nous 😉

Vous avez des problèmes spécifiques avec certains chevaux:

  • Il ne tient pas en place pendant les soins. Il y a des chances pour que cela soit également le cas au travail.
  • Il ne veut pas être touché sur certaines zones. Dans ce cas, prenez le temps de le désensibiliser en adaptant votre toucher sur cette zone. N’en abusez pas et passez à autre chose pour y revenir plus tard et voir s’il y a du changement. Evitez surtout d’insister et de déclencher un conflit, contournez le problème et décomposez le. Sinon, il faudrait ensuite re-travailler sur la confiance.
  • Je n’arrive pas à me concentrer sur deux choses à la fois: les soins et les signaux envoyés par le cheval. Dans ce cas, privilégiez l’observation du cheval. petit à petit, vous allez associer son comportement aux informations que vous envoient votre ressenti. Le lâcher prise est une clé dans le ressenti 😉
  • Dans vos gestes et vos techniques privilégiez la lenteur pour prendre le temps de lire et d’anticiper les réactions du cheval.
  • D’autres difficultés, parlez en dans les commentaires.

Et si dans le travail du cheval c’était la même chose ?

L’idéal c’est de transposer cette relation de calme et de confiance dans le travail à pied et monté 🙂

Quoi de mieux d’ailleurs que d’établir les bases d’une belle relation à la fois dans le travail et dans les soins ?  

Et si c’était le cas, imaginez ce que vous pourriez réaliser avec votre cheval, de quelle façon vous progresseriez ensemble 😉

Avoir un cheval calme et à l’écoute et éviter les situations conflictuelles entre vous même si certaines circonstances sont difficiles à gérer.

Vous souhaiteriez régler des problèmes de comportements seuls et en favorisant des situations sécuritaires autant pour vous que votre cheval.

Vous vous sentez proche de votre cheval mais parfois il vous énerve, vous pensez qu’il le fait exprès… Cela vous fait culpabiliser et vous aimeriez établir des relations plus faciles, plus confortables et satisfaisantes pour vous deux…

Et si tout cela était réalisable seulement en mettant en place de petites choses dans votre relation: des nouvelles bases, des règles simples…

Un chemin pour développer une relation basée sur l’écoute, la confiance, le respect et le calme avec les chevaux… C’est possible petit à petit en en faisant un tout petit peu tous les jours 😉

Et bien plus encore…

Pour mettre en place le calme avec votre cheval au travail, et découvrir une méthode simple: c’est ci-dessous 😉

51 Partages
Partagez46
Partagez2
Tweetez
+13