Aujourd’hui, je laisse la parole à Laurent Fumet pour aborder un sujet délicat qui nous tient vraiment à coeur à l’un comme à l’autre et sur lequel nous partageons une vision commune.

Il s’agit d’évoquer “les vraies raisons des problèmes physiques des chevaux”. Ce serait simple si l’origine des douleurs relevaient uniquement des chutes faites au paddock ou autres galipettes inhérentes au simple fait de vivre !…

Nous avons pu tous les deux arriver à des constats identiques en observant les problèmes à la fois d’un point de vue équestre, du mode de vie des chevaux, mais également sous l’angle ostéopathique.

Laurent FUMET est l’auteur du livre « 41 mensonges équestres qui vous empêchent de progresser » en vente sur Amazon,

et des blogs réflexions équestres  progresser avec son cheval.

Pourquoi nous devons avoir une autre vision du physique de nos chevaux ?

Je l’avoue.

Quand j’ai commencé mon blog réflexions équestres, je pensais que le physique du cheval c’était un tiers des problèmes à régler et le mental et la technique représentaient les deux autres tiers.

D’où mon concept de triangle de la réussite ; le physique et le mental étant les deux pieds de la technique.

Je pestais de voir tous les cavaliers miser uniquement sur la technique et sur leur porte-monnaie pour s’acheter des cracks chevaux.

Ce n’était déjà pas si mal comme analyse.

Mais avec le temps, je découvrais que les problèmes physiques étaient présents dans la plupart de nos difficultés, qu’elles soient techniques ou mentales.

Vous le savez n’est-ce pas ?

Les chevaux sont des animaux à la fois très forts et très fragiles.

Le drame pour eux, c’est qu’ils ne crient pas quand ils ont mal.

De ce fait, leurs douleurs passent facilement inaperçues jusqu’au jour où c’est le drame.

Les chevaux se rebellent au travail ou au contraire deviennent apathiques.

Seul un cheval qui ne souffre pas physiquement peut tout donner.

C’est comme une formule 1 ; si elle n’est pas bien réglée, elle ne gagnera jamais la course.

Pour admettre que c’est un problème purement physique, il faut se faire violence car nous avons systématiquement tendance à l’attribuer à la mauvaise volonté de l’animal.

En tous cas, c’est mon cas et c’est ce que je constate autour de moi.

Je ne sais pas si ça vient de mon éducation équestre ou si c’est dans ma nature.

Mais peu importe, le résultat est le même.

Ou alors, nous pensons que le cheval ne comprend pas mais si l’on persiste il va bien finir par apprendre.

Pourtant si même en insistant il ne le fait pas ou mal, c’est sûrement que ça lui est préjudiciable physiquement.

Dans ce cas, réaliser l’exercice sera moins douloureux que celle provoquée par les éperons ou la cravache.

C’est ce que l’on voit couramment.

Vous imaginez sans peine l’impact sur le moral des chevaux.

Même s’ils finissent souvent par tout accepter, ils ont enclenché une spirale négative qui va amener des problèmes en chaîne.

Est-ce que je peux être franc avec vous ?

La sanction laisse un goût amer, vous ne pensez pas ?

Vous allez peut-être me dire que vous, vous n’avez pas ce souci car vous faites intervenir régulièrement un ostéopathe, dentiste, vétérinaire et autre praticien de la santé des chevaux.

Pourtant, quand vous faites venir un praticien vous pensez parfois que les problèmes physiques de vos chevaux sont liés à une chute ou un choc qui peut remonter très loin.

En fait, ces causes ponctuelles posent paradoxalement moins de problèmes que les causes structurelles. Nous sommes souvent responsables des problèmes de nos chevaux.

Pourquoi dans une écurie, la majorité des animaux ont la même pathologie et dans une autre on en rencontre une autre totalement différente ?

Pourquoi un cheval dans une écurie va présenter certains troubles physiques et mentaux alors que ce même cheval après déménagement dans une autre écurie, voire monté par un autre cavalier ne présente plus ces problèmes ? 

“Pour les ostéopathes, c’est un vécu récurrent. Si bien qu’il m’arrive de ne pas reconnaître le cheval tellement il peut changer. Ces constats existent dans les deux sens (évolution favorable ou défavorable.)”. Virginie

Parce que notre façon de travailler, de gérer nos chevaux, notre matériel, nos propres blocages influencent considérablement la santé physique de nos chevaux.

Le problème des interactions humaines c’est qu’elles persistent dans le temps souvent bien après le passage de l’ostéopathe.

Cela explique que quand je vois un cheval souffrir et que j’ose en parler à son propriétaire pour l’aider à résoudre ses problèmes, la réponse qui fuse quasi systématiquement est : « il n’a pas de blocages, il a été vu par l’ostéopathe ».

Ça ne viendrait pas à l’idée de ces personnes de penser que les blocages sont revenus dès que le professionnel a tourné le dos !

Tant que la cause n’est pas supprimée, traiter les conséquences n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

Notre challenge le plus important avec les chevaux est de déceler leurs douleurs le plus tôt possible. Quand on les voit c’est déjà trop tard…

Un de mes lecteurs avait un cheval qui ruait systématiquement quand il partait au galop.

Des réponses techniques à ce problème, il y en a de nombreuses, comme lui mettre la tête à l’extérieur et les hanches à l’intérieur pour l’empêcher de ruer par exemple.

Ou alors, on évite de galoper tant que le cheval n’est pas prêt.

Mais comme je lui avais indiqué que la plupart des problèmes que l’on rencontre avec les chevaux sont physiques, il a cherché par lui-même et trouvé l’explication.

Ce cheval était en fait atteint d’une maladie génétique appelée PSSM1 dont les symptômes ressemblent notamment au coup de sang. Les muscles sont tétanisés et ne peuvent pas fonctionner normalement.

Pour ceux que ça intéresse, il existe un site et un groupe privé Facebook sur ce sujet.

Vous voyez bien que dans un cas comme celui-là, forcer le cheval aurait été dramatique.

Cet animal a une chance inouïe d’être tombé sur ce propriétaire qui lui évite des souffrances et qui va adapter un traitement pour le soulager.

Mais combien de chevaux ont cette chance ?

En fait sans ses recherches, le cheval serait très vite devenu inapte à toute utilisation.

Je dois reconnaître que ça m’est arrivé dans le passé avec une jument qui était peut-être atteinte de cette maladie. Tout du moins, je n’ai pas insisté assez sur un traitement adapté. Je ne connaissais pas Facebook à l’époque.

Comme moi, vous avez peut-être peur de passer à côté d’un problème. Alors voici les causes les plus fréquentes.

Figure en bonne place parmi celles-ci le mode de vie des chevaux.

Un cheval dans la nature bouge 15 heures par jour. Il faut donc mettre les chevaux en mouvement le plus souvent possible.

Leur nourriture doit être la plus pauvre en sucres possible (idem pour nous d’ailleurs). Cela implique de baisser le volume de céréales dans la ration du cheval, de nourrir fréquemment et donner beaucoup de fourrage.

Attention aux friandises qui ont généralement un indice glycémique extrêmement élevé.

Il faut que les chevaux se voient et se touchent du bout du nez. C’est indispensable pour leur moral. Et le moral peut être également à l’origine de problèmes physiques.

Ensuite, tout travail physique amène plus de contractions que de souplesse.

Chaque activité a ses tensions propres.

  • Le cheval de loisir, ce sera par exemple le dos, de la moitié de l’encolure aux reins.
  • Le cheval d’endurance, les mêmes zones plus les muscles des épaules, de l’avant-bras, de la jambe.
  • Le cheval d’attelage, nuque, épaules, avant-bras, dos, jambes.
  • Le cheval de dressage, la nuque, le garrot, les reins, les avant-bras, l’intérieur des antérieurs, l’intérieur des postérieurs, les abdominaux voir même la mâchoire.
  • Le cheval d’obstacle, les postérieurs, les antérieurs, les reins.

Les jeunes chevaux ont un squelette, des sabots et des ligaments qui ne sont stabilisés qu’à l’âge de sept ans.

Avant, il faut adapter un travail léger et progressif.

Par exemple le travail à la longe utilisé de façon excessive pourra amener des pathologies.

Il faut en avoir bien conscience car c’est le premier travail que l’on fait généralement sur les jeunes chevaux.

Je ne sais pas d’où vient cette habitude car les anciens ne longeaient pas les chevaux au débourrage.

C’est sûrement depuis que l’on donne une nourriture beaucoup trop énergétique.

On pense que seuls les débutants martyrisent leurs chevaux physiquement par leur manque de stabilité à cheval.

C’est vrai que les chevaux de club cumulent les risques de pathologies (reprises trop longues, selles mal adaptées, travail irrégulier, etc.).

On imagine souvent qu’un cavalier confirmé ne crée pas de problèmes physiques et même qu’il les résout ce qui est un pur fantasme la plupart du temps.

Seuls une petite minorité de cavaliers en sont capable et encore. Le seul cas que j’ai vu de mes yeux était après l’intervention d’une praticienne shiatsu. Donc rien n’est prouvé.

Pourquoi les cavaliers confirmés abîment leurs chevaux ?

Notamment parce qu’ils font des séances trop longues sans descendre et dessangler.

Des études faites en Russie et aux États-Unis nous indiquent que les chevaux ne supportent notre présence en selle de façon continue que 15 minutes maximum.

J’ai écrit plusieurs articles sur mon blog réflexions équestres sur ce sujet fondamental.

Les cavaliers pratiquant une équitation de type germanique, c’est à dire une grande partie des cavaliers actuels et quasiment 100% dans les compétitions de dressage, dressent leurs chevaux par la force.

Le cheval étant comprimé entre les mains et les jambes.

La légèreté est le dernier de leurs soucis.

On constate souvent que ces cavaliers ont eux-mêmes de sérieux blocages physiques qu’ils ne veulent pas voir et qu’ils transmettent malgré eux à leurs chevaux.

Les chevaux sont notre miroir. Si vous boitez, ils vont se mettre à boiter également.

Après, il y a les cavaliers amateurs qui n’ont jamais appris à placer la selle correctement par exemple. J’en ai fait longtemps parti.

  • Celle-ci étant généralement trop en avant, elle bloque gravement les épaules.
  • Les mors ne sont bien souvent pas adaptés à la bouche de leurs chevaux.
  • Ils ne respectent pas la récupération musculaire ou une progressivité dans le travail.

Pourtant la fatigue n’a pas de vertus. Les muscles doivent être fermes mais souples.

Beaucoup d’amateurs copient ce qu’ils voient, rollkur, échauffement au pas monté pendant dix minutes, enrênements, muserolles trop serrées, etc. Les mauvais exemples ne manquent pas. Ils sont même la règle.

C’est un véritable challenge de s’en démarquer.

C’est ce que j’essaye de faire chaque jour. Et vous ?

 

Envie d’aller plus loin vers le bien être du cheval ? De savoir comment identifier les signes qui indiquent son confort et sa souffrance ?

Vous pouvez lire ou relire mon résumé à propos des recherches scientifiques effectuées en éthologie équine.

Un des moyens pour éviter et prévenir les problèmes physiques des chevaux, c’est de mettre en place un programme de travail pour les assouplir et ainsi vérifier leur évolution. Envie d’en savoir plus sur cette méthode ? C’est ici 😉

 

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